Élodie : une femme qui vit de sa passion dans le rock métal

Elodie Lomguemart rock métal

Ce qui va suivre est la synthèse de mon dernier épisode de Podcast. Le plus simple est encore d’aller l’écouter, de t’abonner au podcast, et de le partager SANS MODERATION !

Vivre de sa passion. L’expression est belle. Elle fait rêver. Elle intrigue. Elle irrite parfois.

Elle convoque des images de liberté, de scènes éclairées, de reconnaissance publique. Elle nourrit aussi une forme de mythe collectif : celui selon lequel aimer profondément ce que l’on fait suffirait à tout rendre plus simple.

La réalité est autrement plus nuancée.

Dans cet épisode de La Cheftaine, j’ai tendu le micro à Élodie, musicienne professionnelle.
Batteuse, bassiste, chanteuse, intermittente du spectacle, elle évolue depuis plus de quinze ans dans les univers du rock et du métal, des scènes underground aux projets musicaux structurés.

Élodie n’incarne pas un fantasme.
Elle incarne une trajectoire.

Une trajectoire faite de travail invisible, d’instabilité, de discipline, de choix assumés, de renoncements aussi.
Une trajectoire féminine dans un milieu encore majoritairement masculin.
Une trajectoire sincère, racontée sans posture, sans héroïsation, sans romantisation.

Elodie : choisir la musique sans modèle ni héritage

Chez Élodie, la musique n’est pas une évidence familiale.
Aucun parent musicien. Aucun environnement artistique structurant. Aucun héritage à reprendre.

La révélation arrive à l’adolescence.
Un choc sonore. Une intensité. Une énergie.

Le rock, puis le métal, captent immédiatement son attention. Non par provocation, non par opposition, mais par résonance.
Quelque chose vibre. Quelque chose s’impose.

À treize ans, elle demande à sa mère des cours de batterie.
Sans connaître l’instrument. Sans mesurer les contraintes. Sans savoir si cela deviendra un métier.

Cette demande marque pourtant un premier tournant : celui d’une passion prise au sérieux.

Très vite, la musique cesse d’être un simple loisir. Elle devient un espace d’engagement.
Élodie s’investit, travaille, répète, progresse. Elle comprend intuitivement que le plaisir ne suffit pas. Que la discipline conditionne la liberté.

Cette rigueur la conduit à intégrer l’École Agostini à Toulouse, référence dans la formation des batteurs.
Un lieu exigeant, formateur, structurant, qui joue un rôle central dans sa trajectoire.

Elodie : se former pour durer, entre discipline et exigence

Loin de l’image du génie autodidacte, Élodie revendique la formation.
Apprendre. Comprendre. Maîtriser.

La batterie n’est pas qu’un exutoire. C’est un instrument complexe, technique, exigeant physiquement et mentalement.
S’y former sérieusement demande du temps, de l’endurance, une capacité à accepter la répétition.

À l’école Agostini, Élodie acquiert bien plus que des compétences musicales.
Elle apprend une posture : celle de la rigueur, de l’engagement, de la lucidité.

La formation lui offre également un réseau.
Dans le monde musical, les trajectoires sont rarement solitaires. Les rencontres comptent. Les recommandations aussi.

Élodie s’inscrit progressivement dans un écosystème.
Elle rencontre d’autres musiciens, s’intègre à des projets, développe une réputation fondée sur la fiabilité et la compétence.

La passion se transforme alors en métier possible.

Elodie : rock métal, un choix artistique et identitaire

Choisir le rock et le métal n’est pas anodin.
Ces univers portent encore des représentations fortes : violence supposée, agressivité, marginalité.

Élodie démonte ces clichés avec calme.
Pour elle, il s’agit avant tout de fréquences, d’énergie, de structure rythmique.

Le son enveloppe. Le corps réagit. La musique devient presque physique.
La scène n’est pas un lieu d’exposition narcissique, mais un espace de connexion.

Dans le rock métal, Élodie trouve une liberté que d’autres styles ne lui offrent pas.
Une intensité. Une immersion totale.

Ce choix artistique n’est pas stratégique. Il est viscéral.

Elodie : être une femme dans un milieu masculin

La question surgit inévitablement.
Être une femme dans le rock métal constitue-t-il un obstacle ?

Élodie refuse les réponses simplistes.
Elle ne nie pas les remarques déplacées, les a priori, les doutes projetés sur ses compétences.
Mais elle refuse également la posture victimaire.

Son approche est pragmatique : travailler, maîtriser, jouer.

La compétence comme seule réponse.
La constance comme meilleure légitimité.

Elle raconte ces situations avec recul, parfois humour, toujours lucidité.
Les réflexions du type « tu joues bien pour une fille » deviennent des révélateurs plus que des blessures.

Élodie observe aussi une évolution générationnelle.
La présence des femmes dans ces univers progresse. Lentement, mais réellement.

Elle reconnaît toutefois une exigence persistante : devoir prouver davantage. Être irréprochable. Ne pas se permettre l’approximation.

Un constat partagé par de nombreuses femmes dans des secteurs historiquement masculins.

Elodie : intermittence du spectacle, une réalité méconnue

Le statut d’intermittent du spectacle reste largement fantasmé.
Il évoque parfois une forme de liberté absolue, d’insouciance, de privilège.

La réalité est tout autre.

Vivre de la musique implique bien plus que jouer sur scène.
Répétitions, composition, déplacements, démarches administratives, communication, recherche de dates, gestion de projets.

Le temps passé sur scène représente une infime partie du travail réel.

Élodie décrit des mois de préparation pour quelques heures de concert.
Des projets montés sans garantie de diffusion.
Des investissements de temps et d’énergie dont le retour reste incertain.

L’intermittence impose une gestion constante de l’instabilité.
Une capacité à naviguer entre périodes intenses et temps creux.
Une vigilance permanente.

Elodie : la scène, entre liberté et disparition de soi

Malgré ces contraintes, la scène demeure un espace central.
Non comme finalité, mais comme moment de vérité.

Pour Élodie, monter sur scène ne génère plus de trac.
La scène devient un espace de lâcher-prise, presque méditatif.

Elle décrit cette sensation rare : être enveloppée par le son, disparaître dans la musique.
Le corps joue. Le mental se tait.

La musique devient langage.
Un langage non verbal, plus subtil, plus intime.

Cette expérience explique en partie pourquoi la passion résiste aux difficultés.

Elodie : le choc du Covid

Comme pour de nombreux artistes, la crise sanitaire agit comme un arrêt brutal.
Projets annulés. Scènes fermées. Visibilité inexistante.

Élodie parle d’une « petite mort ».
Une perte de repères. Une remise en question existentielle.

Lorsque la musique disparaît, que reste-t-il ?

Elle choisit alors de se tourner vers la terre.
Cultiver. Produire. Se reconnecter à quelque chose de concret.

Pendant deux ans, elle s’éloigne de la scène.
Elle apprend autrement. Elle se recentre.

Cette période agit comme une respiration forcée.
Une parenthèse nécessaire.

Elodie : revenir à l’essentiel

Lorsque la musique reprend, Élodie revient avec une lucidité nouvelle.
Sans naïveté. Sans illusions.

Elle sait désormais que la stabilité n’existe pas vraiment dans ce métier.
Elle accepte l’incertitude comme donnée structurelle.

Elle développe aussi des projets parallèles, explore d’autres champs liés aux fréquences, à la vibration, au corps.

Changer d’instrument sans renoncer à l’essence.

Elodie : vivre de sa passion, un choix conscient

Le parcours d’Élodie rappelle une vérité simple :
vivre de sa passion n’est pas un état, c’est un choix répété.

Un choix qui demande du courage.
Un choix qui implique des renoncements.
Un choix qui exige un mental solide.

La passion n’efface pas les difficultés.
Elle leur donne un sens.

Élodie ne prétend pas que ce chemin convient à tous.
Elle témoigne simplement de ce qu’il est, dans sa complexité.

Elodie : transmission et responsabilité

À travers son témoignage, une question affleure : que transmet-on aux générations suivantes ?

Dire la vérité.
Déconstruire les fantasmes.
Montrer le travail derrière la passion.

Élodie encourage les jeunes à oser, sans minimiser les contraintes.
À se lancer, mais en connaissance de cause.

Elodie : la passion comme boussole, pas comme illusion

Le parcours d’Élodie ne raconte pas une success story spectaculaire. Il raconte une trajectoire tenace.

Une femme qui a choisi de faire de la musique son métier.
Une femme qui accepte l’instabilité comme prix de la liberté.
Une femme qui continue, coûte que coûte, à suivre ce qui la fait vibrer.

Peut-être que vivre de sa passion ne signifie pas atteindre un idéal.
Peut-être que cela consiste simplement à rester fidèle à ce qui fait sens, malgré les vents contraires.

Et cela, en soi, constitue déjà une forme de réussite.

La Cheftaine, le blog dédié aux femmes du 21ème siècle

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