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À 25 ans, certaines cherchent encore leur voie. A 25 ans, j’étais l’archétype de la nana peureuse, coincée dans ses fringues, et si peu sûre d’elle-même. A 25 ans, Emmanuelle Gautier, elle, a choisi de créer sa propre voie : celle d’une jeune femme convaincue qu’on peut entreprendre avant de se sentir prête, qu’on peut s’engager pour la santé sans être médecin, et qu’on peut changer les règles sans permission.
Cofondatrice et CEO de Gynger, elle incarne cette génération d’entrepreneuses qui refusent d’attendre qu’on leur donne la légitimité pour agir. Leur application promet un accès simplifié à la santé des femmes, avec un délai d’attente réduit de 93 jours à seulement 24 heures pour consulter un·e professionnel·le formé·e.
Mais derrière le projet, il y a une histoire de conviction, d’écoute et d’intuition — celle d’une femme qui a osé se lancer, là où d’autres hésitent encore.
Emmanuelle Gautier : une rencontre qui change tout
Rien ne prédestinait Emmanuelle à entreprendre dans la santé. Pas de formation médicale, pas de réseau dans le secteur, pas même une expérience personnelle de maladie. Mais une rencontre. Celle de Quentin, pharmacien passionné par la santé des femmes, rencontré sur les bancs d’un master en entrepreneuriat.
« Il voulait entreprendre dans la santé, moi je voulais agir sur les inégalités professionnelles. On a compris qu’on parlait, en réalité, du même combat. »
Cette rencontre fait naître Gynger . Ensemble, ils interviewent des femmes, d’abord leurs proches, puis des patientes atteintes d’endométriose, de SOPK ou en post-partum. En quelques semaines, 350 témoignages s’accumulent. Les histoires se ressemblent dans la douleur, mais pas dans les parcours : errances médicales, jugements, minimisation des symptômes…
De cette matière humaine jaillit une évidence : il faut raccourcir le chemin vers les soins. L’idée d’une application devient alors le prolongement naturel de leur écoute. Gynger est pensée comme une passerelle : entre les femmes et les soignant·es, entre la douleur et la compréhension, entre la technologie et la bienveillance.
Emmanuelle Gautier : du projet d’études à la start-up à impact
Quand Emmanuelle se lance, le décor est minimaliste : pas de levée de fonds, pas d’équipe, pas de locaux.
Juste une vision et une envie d’agir. Elle le dit sans fard : « On s’est lancé sans rien, en se fixant un objectif à trois mois. Si ça marchait, on continuait. Sinon, on refermait la parenthèse. »
Ce pragmatisme devient leur moteur. Ils apprennent le no code, conçoivent eux-mêmes leur première maquette, et décrochent un premier contrat avec une entreprise de crèches. Problème : l’application n’existe pas encore. Hasard ou clin d’œil du destin, le jour de la signature, un troisième associé entre dans l’aventure : Florentin, ingénieur tech en quête de sens. Le trio est né.
Ensemble, ils construisent l’application, affinent le modèle, et testent tout sur le terrain. Un an plus tard, Gynger devient une réalité : une solution numérique simple, humaine et réactive, qui remet la santé des femmes au centre du soin.
Emmanuelle Gautier : Légitimité, confiance et syndrome de l’imposteur
Quand on écoute Emmanuelle parler, on entend une forme de lucidité rare. Elle ne revendique pas un courage exceptionnel, juste une volonté de comprendre, d’apprendre, de faire.
« Je me disais que l’entrepreneuriat, c’était pour les grandes gueules. Moi, j’étais timide, réservée. Mais j’avais envie de me prouver que j’en étais capable. »
Cette honnêteté résonne fort. Parce qu’elle traduit une vérité qu’on oublie souvent : personne n’est prêt quand il se lance.
La confiance vient de l’action, pas de la préparation.
Emmanuelle n’a pas le profil-type de la startuppeuse charismatique. Et c’est justement ce qui rend son témoignage précieux.
Elle prouve qu’on peut diriger une entreprise sans surjouer la posture. Qu’on peut entreprendre avec humilité, apprendre sur le tas, et construire sa légitimité pas à pas.
« Si j’avais su la montagne que c’était, je ne me serais peut-être pas lancée. Heureusement, la naïveté protège. »
Une phrase à méditer pour toutes celles qui hésitent encore à franchir le pas.
Emmanuelle Gautier : une appli qui soigne autrement
Gynger n’est pas une énième appli de téléconsultation. C’est un écosystème de soins dédié aux femmes, pensé dans une logique de suivi, de prévention et de confiance. Chaque utilisatrice dispose d’un·e soignant·e référent·e, qui l’accompagne au fil du temps et l’oriente vers une équipe pluridisciplinaire. Leur promesse ?
- Réduire les délais d’accès aux soins de 93 jours à 24h ;
- Offrir une approche holistique, du suivi de cycle à l’accompagnement post-diagnostic ;
- Rendre les femmes actrices de leur santé grâce à des outils d’auto-observation et de sensibilisation.
Mais au-delà du service, Gynger porte une mission sociétale : visibiliser la santé des femmes. Un sujet longtemps relégué à la sphère intime, peu enseigné, peu financé. L’équipe s’attaque à ce tabou avec pédagogie, rigueur et bienveillance.
« On n’a pas besoin d’être concerné pour s’engager sur la santé des femmes.
On a juste besoin d’écouter. »
Emmanuelle Gautier : Engagement et viabilité, où comment trouver l’équilibre ?
Créer un projet engagé, c’est une chose. Le rendre durable, c’en est une autre. Sur ce point, Emmanuelle est claire :
« L’engagement sans modèle économique, c’est une utopie. Si on veut durer, il faut trouver l’équilibre entre impact et rentabilité. »
Gynger a choisi de se tourner vers les entreprises, pour proposer la solution à leurs collaboratrices. C’est un véritable outil RH. Un choix stratégique et social : les femmes passent une grande partie de leur vie au travail, et leurs enjeux de santé impactent directement leur quotidien professionnel.
Cette approche BtoB permet d’ancrer la santé féminine dans la vie de l’entreprise, tout en évitant la stigmatisation individuelle. Un modèle gagnant-gagnant, qui allie qualité de vie au travail, égalité professionnelle et responsabilité sociétale.
Emmanuelle Gautier : le tabou du soin et de l’argent
Aborder la santé des femmes, c’est déjà briser un tabou. Mais parler d’argent dans le secteur du soin, c’est en briser un deuxième.
« En France, c’est compliqué de parler d’argent quand il s’agit de santé. On nous a dit : “vous allez faire de l’argent sur le dos des femmes”. Mais les femmes qu’on accompagne nous disent l’inverse : “je suis prête à payer pour être bien soignée.” »
Cette réflexion dit beaucoup de notre rapport collectif à la valeur du soin. Gynger défend une approche juste : celle qui reconnaît le travail des soignant·es et le droit des femmes à un accès rapide et de qualité. C’est une manière d’assumer que le progrès passe aussi par la pérennité économique.
Emmanuelle Gautier : une nouvelle génération de dirigeantes
Dans un écosystème où 84 % des start-up sont fondées par des équipes 100 % masculines, Emmanuelle fait partie des 5 % de femmes à avoir créé leur boîte tech. Mais elle ne brandit pas ce chiffre comme un étendard, plutôt comme un constat.
« On parle beaucoup de diversité dans la tech, mais elle reste encore à construire. Il faut des modèles, pas des héroïnes. »
Ce qu’elle incarne, c’est une manière de diriger autrement : avec calme, rigueur et sens. Pas de discours grandiloquent, pas de storytelling “girlboss”, juste une conviction : on peut être jeune, femme et compétente sans devoir se justifier.
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Ce que je retiens de cet échange :
- Oser sans attendre la perfection.
- Apprendre sur le tas, et s’entourer des bonnes personnes.
- Garder l’équilibre entre engagement et business.
- Et surtout, croire que la naïveté du départ n’est pas une faiblesse — c’est une force.
Il y a chez Emmanuelle cette forme d’énergie douce qu’on retrouve souvent chez celles qui ne crient pas mais qui construisent. Pas besoin de faire du bruit pour changer les choses : il suffit parfois de créer ce qui manque. C’est ce qu’elle a fait avec Gynger .
Alors, la prochaine fois qu’une idée vous traverse l’esprit — même bancale, même incomplète — souvenez-vous de cette phrase : « La confiance ne précède pas l’action. Elle en est la conséquence. »






