Aurore Andrieu Sagols : Avocate, rugbywoman et militante du sport féminin

Aurore, rugby woman

Ce qui va suivre est la synthèse de mon dernier épisode de Podcast. Le plus simple est encore d’aller l’écouter, de t’abonner au podcast, et de le partager SANS MODERATION !

Aujourd’hui, je te propose un échange qui sent la terre battue, la sueur, la combativité et l’esprit d’équipe… Nous allons parler de rugby ! Alors non, je n’ai pas décidé de faire une émission sportive, et je dois t’avouer que le jour où j’ai rencontré mon invitée a aussi été celui où j’ai bien failli perdre un genou sur , ma carrière de rugbywoman a ainsi durée moins d’une heure !

Je reçois donc Aurore Andrieu-Sagols.  Elle est avocate au barreau de Perpignan, mais elle est aussi – et peut-être surtout – joueuse de rugby depuis ses 13 ans, et ex-présidente de l’USAP féminin. 

L’USAP, si tu n’es ni fan de rugby, ni catalan, tu ne connais pas. Il s’agit de l’équipe de rugby de Perpignan, qui se hisse tant bien que mal dans l’élite du rugby français. Aurore gravite donc dans le milieu du rugby depuis l’adolescence, et mobilise toutes ses forces pour faire croitre le rugby féminin sur le territoire des Pyrénées-Orientales, et d’une manière plus générale, le sport féminin. Aurore est aussi avocate, et c’est sur ce double parcours passionné et passionnant que je voulais échanger avec elle. 

Dans cette conversation, nous avons abordé la question du sport féminin évidemment, mais aussi du sacrifice, de la force du collectif, des inégalités, de solidarité, de justice, de charge mentale, et de ce que ça fait de toujours devoir prouver que l’on est légitime. 

Aurore Andrieu Sagols : du terrain à la salle d’audience, une trajectoire atypique mais cohérente 

Aurore n’a jamais fait les choses à moitié. Née en région parisienne, elle grandit à Rivesaltes et découvre le rugby à 13 ans presque par hasard, au moment où un club local relance une section féminine. Ce sera une révélation. 

Sans être particulièrement sportive au départ, elle tombe amoureuse de ce sport de contact, de stratégie, d’engagement. À l’époque, le rugby féminin est encore peu développé. Peu de clubs, peu de reconnaissance, aucun contrat professionnel. Mais elle s’accroche. 

En parallèle, elle poursuit des études de droit — initialement pour contourner le prix des écoles de commerce. Là encore, un parcours non linéaire, jalonné de choix pragmatiques et de rencontres. Aujourd’hui, elle est avocate au barreau des Pyrénées-Orientales, spécialisée en droit immobilier. 

Aurore Andrieu Sagols : le rugby féminin, entre passion et sacrifices 

Aurore a joué au plus haut niveau amateur, sans moyens, sans statut. Elle en parle sans détour : les défaites, les douleurs, les longs déplacements en bus, les entraînements après le travail, les examens de droit avec la fatigue d’après match… Un quotidien de joueuse, de militante, de femme engagée. 

Mais derrière l’humour, Aurore soulève un sujet sérieux : l’inégalité criante entre sport masculin et sport féminin. Manque de moyens, manque de visibilité, absence de professionnalisation. Les clubs féminins se battent pour survivre, pendant que les structures masculines attirent sponsors, médias et ambitions. 

« Ce que je veux, c’est que mes joueuses puissent rêver d’un avenir. Pas juste faire du sport entre copines. Un vrai projet de vie, qui intègre aussi un emploi, une formation, un avenir professionnel. »

Aurore Andrieu Sagols : être présidente de club sportif quand on est une femme 

Quand elle devient présidente de l’USAP féminin, ce n’est pas par ambition. C’est par devoir. Parce que le siège est vide, parce qu’elle connaît le terrain, parce qu’elle a été joueuse, capitaine, engagée. 

Elle en profite pour faire évoluer les choses : créer des partenariats, chercher du mécénat, nouer des liens avec les entreprises du territoire. Son objectif n’est pas seulement sportif. Il est social, éducatif, humain. 

Elle veut que le rugby féminin catalan trouve son rang, qu’il arrête de fuir ses talents vers des territoires mieux organisés. Elle veut que les jeunes filles se projettent dans un parcours ambitieux, sans avoir à choisir entre carrière et passion. 

Aurore Andrieu Sagols : le territoire comme levier (ou frein) d’émancipation 

Les Pyrénées-Orientales ont longtemps été un bastion du rugby. Et pourtant, aujourd’hui, le haut niveau féminin s’effrite. Faute de coordination, faute de vision, faute de ressources. 

Aurore déplore la « guéguerre de clochers », où chaque petit club veut sa section à 15, quitte à diluer le niveau général. Résultat : des talents gâchés, des joueuses isolées, et une incapacité à construire une vraie élite locale. 

Mais elle refuse le fatalisme. Elle croit encore en une dynamique collective : mutualiser les efforts, créer des passerelles avec les entreprises, proposer des emplois du temps aménagés, construire une filière d’excellence qui ne sacrifie ni la vie pro, ni la vie perso. 

 

Aurore Andrieu Sagols : quand le rugby devient école de vie 

Si Aurore continue à jouer, c’est parce que le terrain est un refuge. Un exutoire. Un endroit où elle retrouve la gamine de 13 ans, l’adrénaline du match, la puissance du groupe. Elle le dit clairement : ce sport l’a forgée. Il lui a appris l’abnégation, le sacrifice, la gestion de la défaite. Autant de qualités qui nourrissent aussi sa pratique du droit. 

Quand tu es avocat·e, tu perds souvent. Tu gagnes aussi, mais tu perds. Et il faut savoir se relever, analyser, comprendre. Comme après un match où tu t’es fait marcher dessus.” 

Elle parle aussi de solitude, de surcharge mentale, de maternité qu’on anticipe plus tôt quand on est une femme. Et du besoin, urgent, de mieux adapter les parcours féminins à la réalité du terrain. 

Une parole libre, ancrée et sans détourCe qui marque chez Aurore, c’est la lucidité. Elle ne cherche pas à enjoliver. Elle raconte sans filtre, avec humour et intelligence. Et elle porte haut un message : “Il est temps qu’on arrête de vendre du rêve aux filles, si on ne leur donne pas les moyens de le vivre. Elle milite pour une politique du concret, où le sport est un levier d’insertion, un lieu de transformation, et pas juste un hobby du dimanche. 

 ***

Pourquoi écouter cet épisode ? 

Parce qu’il parle de rugby, oui. Mais surtout de justice, de territoire, de transmission.
Parce qu’il donne à entendre une parole de femme ancrée, engagée, qui connaît ses dossiers.
Parce qu’il montre que les trajectoires féminines dans le sport sont souvent invisibles… mais ô combien puissantes.

La Cheftaine, le blog dédié aux femmes du 21ème siècle

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