Guillaume Pandraud : apprendre à être soi

Guillaume Pandraud

Ce qui va suivre est la synthèse de mon dernier épisode de Podcast. Le plus simple est encore d’aller l’écouter, de t’abonner au podcast, et de le partager SANS MODERATION !

Guillaume Pandraud : Quand le droit mène ailleurs… et surtout vers soi-même

Il y a des épisodes qui parlent de carrière.
D’autres qui parlent d’humain.
Et puis il y a ceux qui racontent, presque sans le vouloir, le passage d’une vie vécue sous pression à une vie un peu plus apaisée.

Cet épisode avec Guillaume Pandraud appartient clairement à cette catégorie-là.

Avec Guillaume, nous avons un point commun : la fac de droit de Montpellier. Le fameux master PJJ — Pratiques Juridiques et Judiciaires — créé par deux enseignants un peu rock’n’roll, capables de vous apprendre à contourner une porte fermée “par le soupirail” plutôt qu’à simplement réciter un code civil par cœur.

Quand j’ai commencé à préparer cet entretien, je savais seulement deux choses :

  • Guillaume avait commencé sa carrière au Conseil de l’Ordre des pharmaciens ;
  • aujourd’hui, il accompagne des pharmaciens dans l’achat et la transmission de leur officine.

Entre les deux ? Quinze années de vie professionnelle. Quinze années que les réseaux sociaux résument souvent à quelques lignes LinkedIn soigneusement rangées.

Mais derrière les intitulés de postes, il y a toujours autre chose.

Dans cet épisode de La Cheftaine, Guillaume parle de pression sociale, de légitimité, de transmission, du monde du travail qui change… et de cette phrase simple, presque désarmante :

“Arrête d’essayer de faire comme les autres, sois juste toi.”

Une phrase qui paraît évidente.
Et qui est pourtant incroyablement difficile à appliquer.

Guillaume Pandraud : Le poids des études et la pression de “réussir”

Quand je lui demande ce que voulait le jeune Guillaume à l’époque de la fac, sa réponse est immédiate :

“Trouver un travail.”

Pas une vocation flamboyante.
Pas un rêve d’enfant.
Pas un plan de carrière sur vingt ans.

Juste : trouver un travail.

Et honnêtement ? Beaucoup se reconnaîtront là-dedans.

Parce que derrière les grandes études, derrière les masters spécialisés et les concours, il existe souvent une peur silencieuse : celle de ne pas réussir à transformer ses années universitaires en “vraie place” dans le monde.

Guillaume parle très librement de cette pression qu’il se mettait à lui-même.
L’aîné d’une fratrie. Quelques années “de retard” dans son parcours. La sensation de devoir prouver. D’être à la hauteur. De montrer l’exemple.

Cette partie de l’épisode dit quelque chose de très juste sur notre génération.

Nous avons grandi avec une idée très simple :
faire des études devait forcément mener à une réussite professionnelle.

Sauf qu’entre la théorie universitaire et le réel du travail, il y a parfois un gouffre.

Et le premier vrai choc professionnel de Guillaume arrive justement là.

Lorsqu’il rejoint le Conseil de l’Ordre des pharmaciens comme juriste, il débarque avec son bagage académique… mais sans encore maîtriser les codes humains du travail.

Il raconte avec beaucoup d’honnêteté ce moment où sa présidente le recadre fermement sur sa manière d’être :
trop sûr de lui, trop technique, pas assez dans la relation.

Sur le moment, il le vit mal. Très mal même.

Avec le recul, il considère aujourd’hui que cette conversation a été fondatrice.

Parce qu’elle lui a appris une chose essentielle :
les compétences ne suffisent pas.

Le savoir-être compte autant que le savoir.

Et franchement, cette phrase devrait probablement être affichée dans beaucoup d’écoles et d’universités.

Guillaume Pandraud : Transmission, accompagnement et quête de sens au travail

Pendant près de dix ans, Guillaume évolue au sein de l’Ordre des pharmaciens.

Mais progressivement, quelque chose change.

Le juridique pur commence à le frustrer.

Les dossiers se ressemblent.
Les procédures s’enchaînent.
L’administration tourne.

Et lui découvre qu’il préfère autre chose : le terrain.

Les rencontres.
Les échanges.
La transmission.

Petit à petit, il commence à intervenir auprès d’étudiants en pharmacie, à participer à des réunions dans les territoires ruraux, à accompagner des professionnels confrontés à des problématiques très concrètes.

Et là, son discours devient particulièrement intéressant.

Parce qu’il explique très bien ce décalage entre les grandes structures administratives et la réalité du terrain.

Un pharmacien de centre-ville montpelliérain n’a pas les mêmes difficultés qu’un pharmacien isolé en Lozère ou dans les vallées des Pyrénées-Orientales.

Les attentes changent.
Les modes de vie changent.
Le rapport au travail change.

Et c’est précisément ce qui passionne Guillaume aujourd’hui : accompagner ces transitions humaines.

Car derrière la vente d’une pharmacie, il n’y a pas uniquement un chiffre d’affaires ou un bilan comptable.

Il y a souvent :

  • une vie entière de travail,
  • une clientèle construite pendant vingt ou trente ans,
  • des habitudes,
  • un territoire,
  • une identité professionnelle.

C’est d’ailleurs ce qu’il explique très bien lorsqu’il compare son métier à celui d’un agent immobilier… avec une énorme dimension psychologique en plus.

Le vendeur considère souvent son officine comme “la plus belle”.
L’acheteur, lui, tente logiquement de négocier.

Entre les deux, Guillaume navigue dans un mélange de droit, de finance, de stratégie et d’émotion.

Et finalement, c’est peut-être ça qui résume le mieux son métier actuel :
mettre de l’humain dans la transaction.

Guillaume Pandraud : Le monde du travail change… Et personne ne sait encore exactement vers quoi.

L’un des passages les plus intéressants de l’épisode concerne l’évolution du travail et des nouvelles générations.

Guillaume travaille dans un secteur particulièrement révélateur des mutations actuelles : la santé.

Désertification médicale.
Difficultés d’installation en milieu rural.
Recherche d’équilibre de vie.
Refus des amplitudes horaires interminables.

Il le dit très clairement :
la jeune génération ne veut plus vivre comme la précédente.

Et surtout, elle ne veut plus sacrifier toute sa vie personnelle au travail.

Ce qui est intéressant, c’est qu’il ne formule jamais cela comme une critique.

Au contraire.

Il constate simplement que les attentes ont changé.

Les jeunes pharmaciens préfèrent souvent exercer à plusieurs, partager les responsabilités, limiter les risques, préserver leur qualité de vie.

Même phénomène chez les avocats, selon lui :
les jeunes diplômés privilégient les grandes villes et hésitent davantage à s’installer seuls dans des territoires plus ruraux.

Et honnêtement, cette réflexion dépasse largement le monde pharmaceutique.

Parce qu’elle raconte quelque chose de beaucoup plus large :
la fin du modèle professionnel unique.

Pendant longtemps, le schéma était relativement clair :
faire carrière, tenir longtemps, travailler dur, acheter une maison, rester.

Aujourd’hui, les trajectoires sont beaucoup plus mouvantes.

Les carrières deviennent hybrides.
Les priorités évoluent.
Le travail n’est plus forcément le centre absolu de l’existence.

Et cet épisode pose finalement une question assez vertigineuse :
si le modèle de réussite hérité de nos parents ne fonctionne plus complètement… alors à quoi ressemble une vie professionnelle réussie aujourd’hui ?

Guillaume Pandraud : Réussir sa vie professionnelle, c’est arriver à une forme de sérénité

C’est probablement la phrase la plus importante de tout l’épisode.

Parce qu’elle arrive sans posture.

Sans méthode miracle.
Sans discours de coach LinkedIn.
Sans storytelling forcé.

Juste une phrase simple.

Guillaume explique qu’il a longtemps fonctionné dans l’angoisse :
la peur de ne pas être légitime,
la pression de réussir,
le besoin de prouver.

Et puis, avec les années, quelque chose s’est apaisé.

Pas parce que tout est devenu parfait.

Mais parce qu’il a progressivement arrêté d’essayer d’entrer dans des cases qui ne lui correspondaient pas.

J’ai trouvé ce moment particulièrement juste.

Parce qu’à quarante ans passés, beaucoup réalisent que la réussite professionnelle ne se résume pas au titre inscrit sur une carte de visite.

La vraie réussite, parfois, c’est :

  • réussir à dormir sereinement ;
  • trouver un rythme qui nous convient ;
  • continuer à apprendre ;
  • transmettre ;
  • aimer encore ce que l’on fait ;
  • ne plus vivre uniquement dans la comparaison permanente.

Et peut-être surtout :
arrêter de vouloir jouer un personnage.

Guillaume Pandraud : Apprendre à être soi, probablement le chantier d’une vie

Ce que je retiens de cette conversation avec Guillaume, ce n’est pas uniquement son métier atypique ou son parcours dans l’univers pharmaceutique.

C’est cette idée que beaucoup passent une partie de leur vie à vouloir correspondre à quelque chose :
à une image,
à une réussite,
à une attente familiale,
à un modèle social.

Avant de comprendre — parfois tardivement — qu’être soi demande énormément de courage.

Parce qu’être soi oblige à accepter :

  • ses doutes,
  • ses détours,
  • ses imperfections,
  • ses changements,
  • ses contradictions aussi.

Et finalement, cet épisode parle peut-être moins de pharmacie, de droit ou de carrière… que de maturité.

Cette maturité discrète qui consiste à relâcher un peu la pression.

À respirer.

Et à comprendre qu’il n’existe probablement pas une seule bonne manière de réussir sa vie professionnelle.

La Cheftaine, le blog dédié aux femmes du 21ème siècle

Vous en voulez plus ?

Inscrivez-vous pour recevoir la newsletter périodique !

Ce champ est nécessaire.

Nous ne spammons pas ! Consultez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Précédents articles

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.