Femmes inspirantes : Elisabeth EIDENBENZ

Elisabeth, maternité Suisse Elne

Si tu me lis au jour de la publication de cet article, nous sommes le 25 décembre 2023, et certains d’entre nous fêtent Noël.

Avant d’être la fête de la foire au gras, de la consommation à outrance, et du bonhomme rondouillard habillé en rouge (accompagné de sa mère Noël légèrement vêtue), c’est aussi le jour de la nativité chez les chrétiens, et l’on célèbre la venue au monde du petit Jésus.

Mon côté grenouille de bénitier s’arrête ici, ce blog est laïque comme tu le sais, et je ne fais que tracer ici et là des faits culturels, et non pas religieux.

Donc aujourd’hui, en ce jour précisément, je souhaitais célébrer une femme inspirante, qui a un lien avec la nativité, et je veux donc te parler d’une grande dame, qui a été TRES LONGTEMPS oubliée : Elisabeth EIDENBENZ.

Alors si tu n’es pas issue de la diaspora Espagnole suite à la guerre civile, si tu n’es pas des Pyrénées-Orientales, ou encore si tu n’es pas passé par la belle commune d’Elne, tu ne sais pas qui est Elizabeth. Rassure toi, après mon billet, ta culture générale sera optimisée 😉

Élisabeth EIDENBENZ : c’est qui ?

Elisabeth EIDENBENZ était une humanitaire suisse, née le 12 juin 1913 (team 12 juin, représente 😉 !) à Zurich et décédée le 23 novembre 2011. Elle était connue pour son rôle humanitaire pendant la Guerre civile espagnole et la Seconde Guerre mondiale.

Elle a étudié la philosophie, la psychologie et la pédagogie en Suisse, avant de se rendre en Espagne en 1937 pour travailler comme assistante sociale pendant la Guerre civile. Elle a été témoin des horreurs de la guerre et a été profondément touchée par la souffrance des femmes enceintes et des mères.

Tu ne le sais peut-être pas, mais durant cette période, des camps d’accueil, à l’allure très spartiate, ont été dressés à la va vite sur nos côtes françaises, dès 1936, pour faire face à l’afflux de réfugiés espagnols, qui fuyaient la guerre civile et le franquisme. D’ailleurs, avant d’être une station balnéaire bien connue, les plages d’Argelès-sur-Mer étaient fréquentées par des migrants, qui étaient parqués dans ce camp, en attendant qu’on leur trouve une solution.

Oui je sais, 80 ans plus tard, les méthodes n’ont pas tellement changées, les problèmes ont juste été déplacés…

Élisabeth EIDENBENZ : la maternité Suisse d’Elne

Donc notre chère Elizabeth, c’est alors une jeune femme de 24 ans, elle s’est engagée dans l’humanitaire, et ça lui crève le cœur de voir des femmes accoucher dans des conditions misérables, avec le pourcentage de mortalité qui va avec, tant pour les mères que les nouveaux nés. Le tout, en plus de la misère humaine que représente de tels lieux.

Touchée par cette problématique, et face à ces besoins humanitaires, elle décide de créer une oasis dans ce désert de désolation. En 1939, elle fonde la Maternité Suisse du côté d’Elne, dans le sud de la France, près de la frontière espagnole.

Pour ta gouverne, c’est aussi le village qui m’a vu grandir, illibérienne Forever 😉 !

L’objectif de cette institution était donc d’accueillir les réfugiées espagnoles, enceintes ou avec de jeunes enfants, qui fuyaient la guerre, et de les sortir de ces camps. La maternité a aussi accueilli des femmes et familles juives fuyant les persécutions nazies pendant la Seconde Guerre mondiale.

Élisabeth EIDEBENZ et son équipe ont travaillé dans des conditions difficiles, avec des ressources limitées, pour fournir des soins médicaux et un refuge aux femmes enceintes et aux jeunes mères. Malgré les défis, la Maternité Suisse d’Elne est devenue un symbole de solidarité et de compassion. Les travailleurs de la maternité ont également résisté aux pressions des autorités allemandes pour remettre des nourrissons juifs, contribuant ainsi à sauver de nombreuses vies.

On estime que plusieurs centaines d’enfants ont vu le jour à la Maternité Suisse d’Elne entre sa fondation en 1939 et la fin de la Seconde Guerre mondiale. Si ma mémoire est bonne, j’avais en tête un chiffre avoisinant les 600 naissances !

La gestapo est un jour venue à la maternité, et ils y ont trouvé une femme juive, qui a été déportée, Lucie. La seule qu’Elisabeth n’a pas pu sauver. Elle avait ainsi enfreint la neutralité de la Suisse, et de la Croix rouge qu’elle représentait, les lieux ont été fermés, adios Dona Elisabeth.

Élisabeth EIDENBENZ : la traversée du désert

Après la guerre, Élisabeth EIDENBENZ a continué de travailler dans le domaine de l’aide humanitaire, notamment en Grèce, avant de retourner en Suisse. Elle a reçu diverses distinctions pour son travail, reconnaissant son engagement exceptionnel en faveur de l’humanité.

Cependant, j’ai grandi dans la commune d’Elne, et je peux te dire une chose : toute cette histoire a disparu de la surface de la terre pendant des décennies ! Durant mon enfance, personne ne m’a raconté l’histoire de cette maternité, alors qu’elle était à moins d’un kilomètre de ma maison ! Mon père, lui aussi natif du village, n’en a jamais entendu parler non plus, la bâtisse a d’ailleurs été abandonnée durant de nombreuses années. Toute une mémoire collective amnésique !

La Maternité Suisse d’Elne est donc restée relativement méconnue pendant un temps, mais l’histoire de l’institution et d’Élisabeth EIDENBENZ a été redécouverte et reconnue plus tard, au début des années 2000, grâce à la pugnacité d’un des enfants né dans cette maternité. Cela a permis de mettre en lumière cet héritage humanitaire et son impact positif sur la vie de nombreuses personnes vulnérables, pendant des périodes difficiles de l’histoire européenne.

Je me souviens alors de tout le foin dans le débat public local à l’époque, lorsque la municipalité s’est battue pour racheter la Maternité, afin d’en faire un musée, et de poursuivre ce devoir de mémoire… Je ne fais pas de politique ici non plus, mais il faut saluer l’implication des élus de l’époque dans ce projet, parce qu’ils ont ressuscité cette mémoire collective, et cela me permet de t’en parler aujourd’hui.

Élisabeth EIDENBENZ a reçu la Médaille des Justes parmi les nations, en 2002 par l’État d’Israël. Cette médaille est une reconnaissance de son rôle dans la sauvegarde de la vie d’enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, en résistant aux pressions des autorités allemandes. C’est une distinction honorifique remise à des personnes qui ont risqué leur vie pour sauver des personnes de confession juive pendant la Shoah. Elle symbolise la reconnaissance de l’héroïsme et du courage face à l’oppression nazie.

Cette récompense est venue souligner l’engagement exceptionnel d’Élisabeth EIDENBENZ et son refus de céder à la pression, même dans des circonstances difficiles. Bien que son travail à la Maternité Suisse d’Elne ait été oublié pendant de nombreuses années, la remise de cette médaille a contribué à relancer ce pan de notre Histoire.

***

Élisabeth EIDENBENZ est décédée en 2011 dans une relative ignorance, laissant derrière elle un héritage humanitaire significatif et un exemple inspirant de compassion et de dévouement envers autrui. Son parcours m’inspire beaucoup !

Si tu veux en savoir plus sur la Maternité Suisse d’Elne, c’est par ici, et je te recommande aussi l’écoute de cette excellente émission radio enregistrée en 2013, et qui n’a pas pris une ride ! Si tu parles le catalan, il y a aussi un téléfilm La Llum d’Elna, que tu trouveras facilement sur le web.

Merci Elizabeth.

Bonnes fêtes de fin d’année et Joyeux Noël si tu le célèbres !

Enjoy !

 

 

 

La Cheftaine, le blog dédié aux femmes du 21ème siècle

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