Femmes inspirantes : Simone De Beauvoir

Simone de Beauvoir, illustration

Quand on parle de féminisme et que l’on dit “Simone”, on pense, à raison, à Simone Veil, notamment pour son apport fondamental dans la dépénalisation de l’avortement. En deuxième position, on pense généralement à Simone de Beauvoir, femme de lettres française décédée au cœur des années 1980. Est-ce parce qu’elle nous parait si loin à présent, moins contemporaine que l’autre Simone ? Ou bien parce qu’elle nous renvoie à une époque sombre au goût amer ?  

A titre personnel, je ne suis pas une fan inconditionnelle de Simone de Beauvoir. Elle a fait beaucoup pour la cause des femmes, je le reconnais, et a porté bien des combats progressistes, mais elle a également défendu des postures plus radicales. Il est important de connaitre toutes les facettes d’une même pièce, pour se faire sa propre opinion, et tout comme j’ai jeté l’opprobre sur Picasso pour certains de ces agissements, j’émets ici aussi quelques réserves.

Toujours est-il que, même si tu es née après 1986, année de son décès, tu as nécessairement déjà vu passer le visage de Simone de Beauvoir, éternellement représentée avec un bandeau foulard sur la tête ou un chignon, signe d’une élégance d’un autre temps ! 

Simone de Beauvoir : brève biographie

Je ne te ferai pas la blague de copier-coller sa page Wikipédia, donc je vais aller à l’essentiel !  

Née en 1908 à Paris, Simone de Beauvoir a rapidement fait comprendre qu’elle ne se contenterait pas d’une existence de jeune et jolie bourgeoise ! Dès son plus jeune âge, elle s’est plongée dans les livres, et sa passion pour l’écriture a rapidement supplanté tout le reste.  

Le Deuxième sexe

En 1949, elle a fait irruption dans le paysage littéraire avec son livre « Le Deuxième Sexe ». Cette œuvre monumentale a ébranlé les fondements du patriarcat et est devenue la bible du féminisme moderne. Elle y remet tout en question, dont les préjugés et les stéréotypes qui enferment les femmes dans une position d’infériorité par rapport aux hommes. Elle analyse la construction sociale du genre, et démontre que la femme est le produit d’une société qui la réduit à un rôle subordonné. Elle explore l’histoire, la philosophie et la psychanalyse pour déconstruire les mécanismes qui maintiennent les femmes dans une position dominée. Elle examine également le lien entre la sexualité et l’oppression des femmes, en soulignant la manière dont la société les enferme dans des rôles spécifiques liés à la maternité et à la sexualité. 

Jean-Paul Sartre

Simone de Beauvoir était aussi connue pour son amour légendaire avec le philosophe Jean-Paul Sartre. Leur relation était une combinaison d’amour passionné, d’amitié indéfectible et de défis intellectuels perpétuels. Un couple libre également, qui a entretenu toutes les passions ! 

Liberté et engagements

Simone de Beauvoir s’est engagée tout au long de sa vie dans différents combats, notamment avec Gisèle Halimi, pour dénoncer les actes de torture commis durant la guerre d’Algérie, ou pour la dépénalisation de l’avortement. Elle a vécu comme elle a voulu, elle était une femme libre et a défendu la liberté toute sa vie durant. 

Simone de Beauvoir : féministe et engagée  

Combats féministes

Le message de Simone de Beauvoir est clair : les femmes doivent revendiquer leur autonomie, leur liberté et leur égalité.  

Elle appelle à une prise de conscience collective pour dépasser les limites imposées par la société, pour que les femmes puissent s’affirmer en tant qu’individus libres et égaux aux hommes. « Le Deuxième Sexe » est une critique incisive des inégalités de genre et une invitation à une révolution féministe, remettant en question les normes sociales et les structures patriarcales, pour ouvrir la voie à une véritable égalité entre les sexes.   

Féministe convaincue, en 1971, Simone de Beauvoir a été présentée en tant que témoin-expert lors du procès de Bobigny, par l’avocate Gisèle Halimi. Comme déjà évoqué sur le blog, ce procès a attiré l’attention du public sur la question de l’avortement en France, alors illégal (rappel : procès d’une adolescente de 16 ans accusée d’avoir avorté après un viol). Simone de Beauvoir a joué un rôle clé dans la mobilisation en faveur de la défense de la jeune fille. Son expertise en tant que féministe et philosophe a renforcé l’argumentation de l’avocate, et a contribué à éclairer le débat public sur la nécessité de réformer la législation sur l’avortement. Par la suite, Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi ont continué à travailler ensemble sur des questions liées aux droits des femmes.

Abolitionniste, anticolonialiste et lutte contre les inégalités

En plus de son engagement pour les droits des femmes, Simone de Beauvoir a aussi mené d’autres combats notables tout au long de sa vie. Elle a été une fervente abolitionniste, convaincue que la peine capitale était une violation des droits fondamentaux de l’individu. Elle a écrit de nombreux articles et prononcé des discours pour plaider en faveur de l’abolition de la peine de mort, contribuant ainsi à sensibiliser l’opinion publique sur cette question cruciale. 

Femme d’engagement, durant la guerre d’Algérie, Simone de Beauvoir a pris position en faveur de l’indépendance de l’Algérie et a dénoncé publiquement les abus et les atrocités commis par les forces françaises. Elle a utilisé sa voix et sa notoriété pour sensibiliser l’opinion publique à la situation en Algérie et pour dénoncer la torture systématique pratiquée par certains membres de l’armée française.  En 1957, elle a signé la célèbre pétition « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie« , aux côtés d’autres intellectuels français tels que Jean-Paul Sartre et Albert Camus. Cette pétition appelait à l’arrêt de la torture et à la recherche d’une solution politique pour mettre fin au conflit. Parallèlement à son engagement politique, Simone de Beauvoir a écrit des articles dans la presse et a donné des conférences pour dénoncer les violences et les violations des droits de l’homme en Algérie. Son travail a contribué à éveiller les consciences et à susciter un débat public sur la nécessité de mettre fin à la torture et de trouver une issue pacifique au conflit. L’implication de Simone de Beauvoir dans la dénonciation des actes de torture en Algérie témoigne de sa volonté de défendre les valeurs universelles de justice, de dignité et de respect des droits de l’homme, quel que soit le contexte politique.  

Simone de Beauvoir a également été une ardente défenseure des droits des minorités et des opprimés. Elle a soutenu les mouvements anticoloniaux et a critiqué vivement le système colonial français, notamment lors de la guerre d’indépendance de l’Algérie. Elle s’est également prononcée en faveur des droits des travailleurs, soutenant les mouvements ouvriers et les luttes pour de meilleures conditions de travail et des droits sociaux plus justes. Elle a également été très critique vis-à-vis de Staline et de l’URSS, modèle admirable à son commencement, de son point de vue, qui a pris les orientations que l’on connait. Elle a su remettre en cause son jugement d’antan, la remise en question est preuve de progression !   

Simone de Beauvoir a aussi utilisé sa voix pour dénoncer les inégalités sociales, le racisme, l’homophobie et d’autres formes d’oppression. Elle a critiqué les structures patriarcales et les normes sociales qui limitent la liberté individuelle et a encouragé les individus à questionner les conventions et à vivre une vie authentique et libre. 

Simone de Beauvoir : polémiques  

Le soutien à Matzneff

Estampillée “progressiste”, “intellectuelle de gauche”, Simone de Beauvoir fut aussi accusée de radicalisme dans certains de ces idées, et est à l’origine de certaines polémiques. Dans un contexte post-soixante-huitard, elle a pris des positions qui aujourd’hui choquent, bien que cohérentes avec son positionnement “stop aux conventions sociales”.  

A titre personnel, ce sont des positions qui me choquent depuis plus de 20 ans déjà, bien avant le mouvement « me too »  

Simone de Beauvoir a ainsi été critiquée pour son soutien à l’écrivain Gabriel Matzneff, en particulier dans les années 1970 et 1980. Matzneff est un écrivain français qui a ouvertement revendiqué des relations sexuelles avec des mineurs, souvent des adolescents, dans ses œuvres et ses interviews. 

Souviens-toi, il est revenu sur le devant de la scène en 2020, grâce au témoignage littéraire courageux de Vanessa Springora, victime de son emprise durant son adolescence !  

Simone de Beauvoir et Gabriel Matzneff ont entretenu une correspondance et une amitié durant des années. Dans certaines de leurs lettres, elle a exprimé son admiration pour le travail littéraire de Matzneff et a soutenu son droit à l’expression artistique. Elle a également fait l’éloge de son livre « Les Moins de seize ans« , dans lequel il relate ses expériences avec des jeunes adolescents. Elle a aussi signé une pétition portée par l’écrivain en 1977, pour la relaxe de trois hommes accusés d’”attentat à la pudeur sans violence sur des mineurs de quinze ans”. Le soutien de Simone de Beauvoir à Gabriel Matzneff a été critiqué par de nombreuses personnes, qui l’ont accusée d’apporter une forme de légitimité à ses actes et de minimiser les abus sexuels sur mineurs.

Autres bruits de couloirs

Il y a eu quelques polémiques également concernant son implication supposée dans les relations de Jean-Paul Sarthe avec de jeunes femmes, ou des propos douteux tenus en privés, mais ce ne sont que des bruits de couloirs. Je retiens surtout le soutien porté à Gabriel Matzneff, qui est, à mon sens, assez écœurant, même en contextualisant “pour l’époque”.

Cependant, au même titre que son opinion avait évolué pour l’URSS de Staline, j’ose espérer que son opinion au sujet de Matzneff, ses idées et agissements, aurait aussi évolué avec le temps. 

*** 

Finalement, je pense que Simone de Beauvoir a apporté bien plus au féminisme qu’on ne l’imagine. En effet, la pleine égalité arrive aussi avec les polémiques et erreurs humaines. Personne n’est parfait, et certains agissements doivent être bannis, mais aussi punis.  

Qu’une femme, aussi importante dans l’évolution des droits, aussi progressiste dans ses combats, puisse avoir des idées et comportements critiques, au même titre que n’importe quel individu, est rassurant. Hommes et Femmes ont des failles identiques, l’erreur et la bêtise sont humaines ! Je n’idéalise pas Simone de Beauvoir, et son statut ne peut tout excuser, et c’est tant mieux, elle a droit au même traitement, à l’instar de n’importe quel homme (coucou les acteurs d’Hollywood qui ont couvert les agissements d’Harvey Weinstein !). C’est aussi ça l’égalité !  

Enjoy !  

La Cheftaine, le blog dédié aux femmes du 21ème siècle

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