Femmes entreprenantes : Stéphanie Sanchez, la matriarche altruiste et ambitieuse !

Portrait de Stéphanie Sanchez

Nous revoilà pour ma rubrique femmes entreprenantes ! Après t’avoir embarqué dans le maquis Corse, au fin fond du web, et quelque part dans le centre du monde, je t’emmène dans le secteur médico-social, avec Stéphanie SANCHEZ, fondatrice et gérante de la structure d’aide à domicile héraultaise DOME SERVICES. Une nana généreuse, qui a appris à ses dépens qu’il faut savoir prendre soin de soi pour pouvoir mieux prendre soin des autres.

amitiés et calins

Stéphanie et moi nous connaissons un petit peu, et travaillons ensemble depuis 3 ans à présent. Nous sommes toutes les deux membres bénévoles du comité d’organisation des Trophées des services à la personne Occitanie, et je prends plaisir à échanger avec elle tout au long de nos préparatifs chaque année. C’est une femme au caractère fort, il ne faut pas trop la chauffer comme on dit, et lorsque j’ai donné pour titre « femmes entreprenantes » à cette rubrique, bah c’était évident pour moi de recueillir son témoignage !

Stéphanie Sanchez : Présentation

Présente-toi : dis-nous qui tu es, d’où tu viens et ce que tu fais ?  

Stéphanie Sanchez DOME SERVICES Je m’appelle Stéphanie SANCHEZ, et je viens de pleins d’endroits différents, avec des origines différentes de par mes parents. Je suis née à St Etienne un peu par hasard, mon père était policier et basé là-bas à ce moment-là… Mon père est né en Algérie, ma mère est née en France mais de parents réfugiés espagnols… J’ai vécu à Marseille, à Avignon, à Nice… J’ai une famille de nomade, rapatriés d’Algérie d’un part, réfugiés espagnols d’autres part, et fonctionnaire en dernier lieu ! Je me suis donc beaucoup baladée, et je suis incapable de te dire d’où je viens finalement !  

Cependant, je me sens plus proche de la culture pieds noirs, parce que j’ai passé beaucoup de temps avec mes grands-parents paternels : très familles, très proches, très fusionnels, mais aussi très grégaires quelque part, parce que si tu ne fais pas partie du troupeau, tu es un peu paumé ! C’est aussi un début très fort dans ma vie sur la notion de matriarcat, sur ces femmes leaders, meneuses dans une famille, des femmes qui ont mis leurs gamins sur le bateau pour rentrer en France parce que ça chauffait en Algérie ! 

J’ai 48 ans, et j’assume totalement mon âge, qui représente ma maturité, ma sagesse, et mon expérience de vie. J’aurais 49 ans le 10 juillet, et je suis du signe astrologique cancer, si tu veux tout savoir ! 

Je dirige une structure d’aide à domicile, DOME SERVICES, dans l’Hérault, et je me suis spécialisée dans l’accompagnement des seniors et le vieillissement. C’est d’ailleurs venu assez naturellement à moi, ma grand-mère paternelle s’occupait de personnes âgées, et elle m’a montré la voie ! J’ai toujours vu cette femme, qui m’inspire tellement, s’occuper des autres, et surtout des ainés. D’ailleurs, je ne sais pas s’il y a un lien avec mes origines, mais dans ma vie professionnelle, j’ai accompagné beaucoup de famille pieds noirs, on doit se reconnaitre ! 

Présente-nous ton entreprise : c’est quoi et depuis quand ?  

DOME SERVICES existe depuis une dizaine d’années. Je l’ai créé seule, après mon divorce. Concrètement, je travaillais avec mon ex-mari, nous avions une société d’imports-exports à l’international et publicité sur objets, etc. Lorsque je le quitte en 2010, je suis partie avec mes enfants, et j’ai tout laissé derrière moi !

Je me suis lancée dans l’aide à domicile, poussée par ma cousine qui avait deux structures dans le Tarn, elle plutôt tournée vers la garde d’enfants d’ailleurs, et qui me vantait les mérites du secteur. Je ne me suis même pas projetée dans une quelconque étude de marché, envisager le rachat d’une structure existante, ou une franchise, non j’ai foncé sans vraiment réfléchir au projet, avec le soutien de ma mère, qui m’a prêté de l’argent pour le lancement. Aujourd’hui, DOME SERVICES, c’est 32 salariés, et c’est un choix que je fais de ne pas croitre au-delà. 

Que faisais-tu dans la vie avant de lancer ce projet ?  

Avant l’import-export, et mon ex-mari, j’ai passé un bac G3, commerce, qui n’existe plus aujourd’hui ! Ce qui me plaisait dans le domaine, c’était le rapport aux autres : emmener les autres avec moi sur un produit ou sur une idée. J’ai aussi été souvent déléguée de classe, parce que j’aime défendre l’intérêt collectif, et emmener le groupe vers un but commun.  

Je n’ai pas fait d’étude, parce que j’ai préféré aller faire la fête… J’ai également fait beaucoup de musique, 13 ans de conservatoire en guitare classique ! J’aurais aimé devenir professeur de musique, mais je viens d’un schéma familial où soit tu faisais du droit, soit du commerce, soit tu devenais fonctionnaire… Donc j’ai commencé un BTS action commerciale, que j’ai arrêté au bout d’un an, happée par la fiesta ! J’ai ensuite fait des petits boulots pour bouffer… Puis en résumé, j’ai rencontré mon ex-mari, nous avons travaillé ensemble, je l’ai quitté, et bim, DOME SERVICES !  

Quand même, je suis résiliente, je reconnais que grâce à mon ex-mari, et je lui dis merci malgré toutes les épreuves que j’ai vécu avec lui, j’ai appris ce qu’est l’entrepreneuriat. Il m’a transmis cette fibre, que je ne connaissais pas, mon père étant fonctionnaire et ma mère femme au foyer.  

Stéphanie Sanchez : Evolutions

Quel a été l’élément déclencheur à ce projet ?  

L’élément déclencheur à DOME SERVICES… Je pense que c’est la liberté ! J’ai finalement été très peu salariée. Avec mon ex-mari, j’étais déjà à mon compte, et je ne me voyais pas autrement que chef d’entreprise. Je voulais gagner tant d’argent pour élever mes enfants, et je ne me retrouvais pas dans les offres d’emplois des petites annonces… L’idée de créer mon propre job faisait son chemin… Finalement, l’élément déclencheur, c’est beaucoup d’inconscience surtout ! Aucun business plan, j’y suis allée à la louche et à la cuillère ! 

T’es tu fais accompagner et/ou as-tu suivi une formation dédiée ? Si oui, dans quel domaine ?  

J’ai suivi une formation courte, de deux semaines, d’aide à la création et la gestion d’entreprise. Je n’avais pas le statut cadre dans l’entreprise avec mon ex-mari, et apparemment, c’est une formation obligatoire pour s’inscrire au registre du commerce, donc j’ai suivi. Ça a été mon premier pas dans les réseaux, et j’ai rencontré des gens extraordinaires ! C’est le premier moment où je me suis dit “c’est ça que j’aime” : rencontrer du monde, partager, créer du réseau et du lien autour de moi, et que ça m’apporte en enrichissement humain. D’ailleurs aujourd’hui, je suis déléguée bénévole FEDESAP dans l’Hérault, qui est une fédération d’employeurs du secteur d’activités de l’aide à la personne.  

Pourquoi ce nom d’ailleurs, DOME SERVICES ? 

Dome servicesJe n’avais pas vraiment réfléchi au nom, n’ayant pas réfléchis au projet à long terme tout court ! Quand j’arrive pour enregistrer la société, l’agent administratif me demande le nom de ma structure, je n’en avais donc pas… J’ai spontanément proposé trois noms, et on me dit “non c’est pris”… Donc bon, je réfléchis… Je fais du domicile, je mets des Hommes dans des domiciles, et voilà DOME, et avec un E, parce que DOM tout court c’était aussi pris ! Et voilà, DOME SERVICES.

Quelle a été ta plus grosse erreur dans la conduite de ce projet ?  

Je ne suis pas une gestionnaire, et ce qui m’a manqué, je pense, c’est un associé gestionnaire. Je suis une artiste, dans mon parcours j’ai près de 15 ans de pratique artistique (musique, sculpture…) : j’ai donc des idées, et il faut que je les mette en place. L’argent, je n’y réfléchis même pas, il y en a ou pas, j’y vais ! L’argent, et le manque d’argent, ne me fais pas peur, je fonce pour concrétiser et aller au bout de mon projet. Ça m’a mis en difficulté sur la société, puisque j’ai eu un redressement judiciaire, à cause d’une trésorerie mal anticipée. J’ai ainsi appris beaucoup de cette épreuve, et notamment que quand tu te lances, tu as le rattrapage des cotisations et charges au bout de trois ans, et quand tu as peu de trésorerie, ça fait mal ! Je ne suis toujours pas gestionnaire aujourd’hui, mais maintenant j’ai cette connaissance et conscience. J’ai réussi à sortir du redressement judiciaire, et ça m’a renforcé.  

Quelle a été ta plus grande réussite dans la conduite de ce projet ?  

La rencontre avec tous mes clients, mes salariés, mes réseaux… Toutes les rencontres et richesses humaines qui m’animent tous les jours ! Me dire qu’en 10 ans, j’ai aidé tellement de familles et de bénéficiaires à continuer de vivre chez eux, selon leur choix de vie, de leur apporter la solution à leur problématique. D’avoir égayé quelqu’un au moment où il se sentait acculé et sous l’eau, c’est ça ma réussite.  

Qu’est-ce qui a été le plus difficile à concilier pour mener à bien ce projet ?  

Je me suis inscrite dans un groupe de travail avec la CPME sur la santé du dirigeant justement ! Pour moi, ça a été ma vie privée et ma vie de femme, l’équilibre vie professionnelle et vie personnelle. J’ai tout fait pour mes enfants, pour respecter leur rythme, pour leur assurer une belle vie, et je me suis oubliée en route… ! J’ai fait un burn-out il y a 4-5 ans, sur la même période que mon redressement judiciaire, et je suis allée droit dans le mur sur le plan de la santé, puisqu’il y a 4 ans, j’ai fait un infarctus. Je ne me suis pas ménagée, parce que je ne me suis pas accordée une seconde pour penser à moi. 

Je rebondis justement, parce que l’infarctus au féminin est aussi une cause à relayer : comment ça s’est manifesté, qu’elles en sont les symptômes ? 

Rien à voir avec les symptômes que l’on a intégré pour les hommes effectivement. J’avais été alerté par ma cardiologue, que je voyais depuis un an, qui me disait que j’avais beaucoup de tension, mais je ne m’écoutais pas ! Elle me disait “attention, vous êtes en plein burn-out, vous filez droit vers l’infarctus”, et elle voulait même m’envoyer en clinique du sommeil, pour faire redescendre mon stress et le cortisol. Mais j’ai continué d’ignorer les signaux de mon corps, et les avertissements de mon médecin. Je ne prenais qu’un traitement contre l’hypertension. Un matin, je me lève, je me suis sentie très fatiguée d’un coup, mes jambes ont lâché et ne me portaient plus, mais je n’ai pas eu l’effet de l’estomac qui brûle, qui est aussi un symptôme de l’infarctus féminin. Je me suis donc étalée parterre, totalement consciente, en percevant les accélérations anormales de mon cœur. J’ai compris tout de suite, et heureusement pour moi, j’ai eu du secours rapidement.  

Et du coup, est-ce que cette alerte de ton corps a engagé un changement de paradigme chez toi, et un changement dans ton rythme et tes choix de vie ? 

Alors… Je suis passée par la phase “noire”, où je me voyais mourir tous les jours ! J’ai appelé mon avocat, j’ai entrepris les démarches avec mon notaire, pour faire des papiers pour mes enfants, je voulais organiser mes funérailles et même choisir mon cercueil ! Jusqu’à ce que mes proches me disent “STOP ça suffit”. Je me suis tournée vers l’autohypnose, la méditation, et ça m’a permis de relâcher la pression.  

J’ai eu l’envie de travailler sur moi-même, d’arrêter de faire plaisir à tout le monde, comprendre que je n’étais une superwoman, avec cette éternelle quête de la perfection, et d’intégrer que je suis épuisée, je n’y arrive plus, et je ne peux pas tout faire. Il faudrait aussi que je réintègre l’idée de faire des choses simplement pour me faire plaisir, me remettre à la musique, à l’art.… je n’ai pas encore passé ce cap, mais ça revient petit à petit ! Il faudrait aussi que je fasse un peu plus de sport !  

Donc, un changement dans ta vie personnelle a aussi engagé un changement dans ta vie professionnelle. Aujourd’hui, estimes-tu avoir réussi ta reconversion, au sens large finalement ?! 

Je pense que j’avais les capacités de faire plus avec DOME SERVICES, de le porter sur le national, j’ai reçu des propositions de franchise, mais je n’y suis pas allée, trop à bout de forces. Être seul(e) sur un projet c’est très dangereux quelque part : c’est bien d’avoir l’idée, mais c’est important d’être bien accompagné.  

Donc oui, c’est une réussite humaine, j’ai rencontré énormément de monde qui compte pour moi, c’est une réussite personnelle, mais j’aurais pu encore mieux faire sur le plan professionnel. J’avais des ambitions à la Bernard Tapie et à la Steve Jobs, donc je me dis que je n’ai pas été au plus haut finalement. 

Oui, mais bon, ils sont tous les deux morts avec fracas, et d’un cancer qui plus est ! Je pense que tu es encore trop dure avec toi-même, tu ne penses pas que tu peux te célébrer et te féliciter du travail accompli et du chemin parcouru ?! 

Oui c’est vrai, tu as raison, rester dans un environnement maitrisé, ce n’est pas si mal ! Champagne ! 

Stéphanie Sanchez : Inspirations

Où te vois-tu dans 10 ans ?   

Je me vois faire pleins de choses !  

J’aurais vendu DOME SERVICES, et monté des maisons d’habitat inclusif. C’est un projet que j’ai en tête depuis quelques années maintenant, mais ma santé, mon rythme de vie, et mes finances ne m’ont pas encore permis de le lancer. Ça me tient à cœur, j’espère que j’arriverai à faire germer cette idée ! Je me vois aussi bien faire du coaching business, faire une formation à cet effet, et ensuite pousser mes coachés vers le succès ! Je me vois bien aussi lancer un podcast, pour parler des gens, des histoires de vie, et partager ces parcours enrichissants. J’aimerai bien interviewer mes intervenants aide à domicile : pourquoi ce métier, cet engagement, cette foi en l’espèce humaine ! 

Quelle est ton héroïne dans l’Histoire, et pourquoi ?  

Dans la fiction, je dirais Wonderwoman, parce que j’étais fan quand j’étais petite : le lasso et le tour de transformation, je me vois bien !  

Dans la vraie vie, c’est Simone Veil évidemment ! C’est une femme à la vie et au parcours inspirant. Elle me fascine, je suis née en 1974, l’année de la dépénalisation de l’avortement, c’est un signe. Elle a tellement fait pour la cause des femmes, et nous lui devons beaucoup.  

Quelle faute t’inspire le plus d’indulgence ?  

Pas le mensonge, j’ai horreur de ça… Pas la tromperie non plus…  Je pourrais pardonner le vol d’argent, enfin, selon les motivations. C’est que du pognon, et comme ça ne m’anime pas, c’est logique !  

As-tu un mantra / une devise / un dicton / une citation qui te motive ou qui te guide ?  

Une phrase de Ghandi : la différence entre le possible et l’impossible, c’est la détermination. 

Quelle est LA chanson qui te motive quand tu as le moral dans les chaussettes ? 

Meredith Brooks “Bitch” ! Elle me parle, nous les femmes, nous sommes multitâches !

***

Merci à Stéphanie de s’être prêtée au jeu, et de faire partie de mes soutiens dans le lancement de ce blog. Nous partageons des valeurs communes, dont l’enrichissement humain au contact des autres, et le fait que la réussite individuelle passe par la réussite du collectif !

J’espère que toi aussi, derrière ton écran, tu auras pris plaisir à découvrir un nouveau parcours de femme entreprenante, et que cela te donnera un peu plus de force et de courage, pour affronter les défis qui t’attendent, et les challenges que tu souhaites te fixer. Et puis si tu as besoin d’une aide à domicile dans l’Hérault, tu sais qu’il y a une structure vachement sympa à contacter ! Tu peux aussi suivre et échanger avec Stéphanie via sa page LinkedIn, elle déborde de projets !

Enjoy !

 

La Cheftaine, le blog dédié aux femmes du 21ème siècle

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