Femmes entreprenantes : Lucie Bée, d’avocate à professeur des écoles !

Lucie Colmard-Bée

Tu le sais, je l’ai suffisamment répété, mais sur le blog, on parle d’entrepreneuriat au sens large, et pas simplement limité à la démarche de l’entrepreneuriat économique. Non, on parle d’ENTREPRENDRE, au sens strict du verbe, c’est-à-dire commencer quelque chose, engager une action… Bref, se bouger le popotin pour aller de l’avant !

Dans cette optique, je t’ai récemment présenté le parcours d’une femme entreprenante qui a engagé une démarche entrepreneuriale grâce à ses actions bénévoles. La semaine dernière, je t’ai aussi parlé de bien-être au travail. Et à présent, je souhaite poursuivre, et te présenter le parcours de femmes qui ont entrepris un changement dans leur carrière professionnelle en réalignant leurs convictions. Dans les semaines à venir, je vais donc te livrer quelques témoignages variés, de virages à 180 degrés !

Cette semaine, c’est Lucie qui ouvre le bal du changement de vie ! Pour être honnête avec toi, Lucie, en vérité vraie, c’est ma copine… On s’est rencontré sur les bancs de la fac, on a toutes les deux chaviré du même canoë, on s’est même marié à deux mois d’intervalle, et nous avons accouché à un mois d’écart ! Plus cliché, tu ne trouveras pas ! Bon, elle pense qu’elle vit dans le sud, comme moi, mais Lucie, sur la carte de la France, Nantes c’est bien sur la moitié nord de la France !

La vie fait que nos quotidiens nous accaparent, et nos messages s’espacent au fil du temps, mais lorsque j’ai décidé de me lancer dans cette thématique, j’ai immédiatement pensé à elle. Lucie, c’était l’étudiante en Droit trop calée : elle savait tout, on l’avait même surnommé Lucipédia dans notre petit groupe ! Elle était tellement douée qu’elle a réussi du premier coup, les doigts dans le nez, l’examen d’entrée à l’école d’avocats. Lucie, c’est la copine qui est trop forte, trop sympa, et que tu ne peux pas ne pas aimer !

Elle a donc enfilé la belle robe d’avocat dans sa 25ème année, l’accomplissement de toutes ses années d’étude, et la voilà devenue la reine des prétoires ! Ça, c’est en théorie. En pratique, elle a fait un grand écart facial inversé, et elle a rajouté quelques lettres à son appellation : de Maître, elle est devenue Maîtresse. Mais non, petite dévergondée, elle n’a pas décidé de copuler avec un homme marié ! Elle est ainsi devenue institutrice moins de 10 ans plus tard. Voilà donc le topo. Laisse-moi te présenter ma copine Lucie !

Lucie Bée : Présentation

Présente-toi : dis-nous qui tu es, d’où tu viens et ce que tu fais ?!

Je m’appelle Lucie, j’ai 35 ans, bientôt 36, j’ai grandi en Bretagne, dans une famille de fonctionnaires, mes parents sont issus du milieu hospitalier, je suis mariée, j’ai deux enfants, et je suis professeur des écoles.

Présente-nous ta vie professionnelle aujourd’hui : c’est quoi et depuis quand ?

Le terme n’est pas maîtresse d’école, mais bien professeur des écoles. J’exerce ce métier depuis 4 ans et 2 mois, précisément !

Que faisais-tu dans la vie avant ce virage ?

Avant de devenir professeur des écoles, j’étais avocate. Depuis l’âge de 12 ans, je voulais devenir avocate, je suis donc allée jusqu’au bout de mon projet initial. J’ai exercé durant 7 ans, mais j’avais passé 3 années supplémentaires en cabinet d’avocat si on inclut les différents stages réalisés. Ce sont donc environ 10 années que j’ai passées en cabinet d’avocat, au total.

Quel a été l’élément déclencheur à ce virage professionnel ?

Devenir avocate, c’était le projet de toute une vie, un véritable métier passion ! Je pense aussi qu’inconsciemment, j’aimais bien ce que ce métier évoquait dans le regard des autres, j’ai d’ailleurs mis du temps à conscientiser cet aspect-là.

J’ai beaucoup aimé mes études, les stages que j’ai réalisés ensuite, mes premières années… Mais, petit à petit, je me suis rendue compte qu’il y avait beaucoup de frustrations dans ce métier. Concrètement, en collaboration, on travaille pour un autre avocat, donc aux conditions qu’il définit, à la manière dont il entend que l’on traite les dossiers, dont il entend que l’on organise ses semaines de travail, dont il perçoit lui-même le métier, et avec des rémunérations qui au début sont très faibles, puisque la majorité des anciens avocats disent qu’ils ont commencé avec des niveaux de rémunération bas, et que les jeunes avocats doivent aussi passer par là !

Tout cela m’était un petit peu difficile à vivre, mais je trouvais mon compte dans l’activité personnelle que j’arrivais à développer en parallèle, avec beaucoup de droit pénal. Je pense que j’ai passionnément aimé cet aspect-là de la profession, c’est ce qui m’a fait le plus vibrer, qui a été le plus intense en émotions et en enjeux. Je pense que cette excitation liée à l’activité pénale m’a fait oublier un peu tout le reste durant quelques années, et notamment les frustrations que j’accumulais dans le cadre de ma collaboration. Cela a pu porter sur les difficultés à concilier l’acticité personnelle et l’activité pour le cabinet, les horaires, ou encore le respect que l’on m’accordait. Quand on est une jeune femme, on reçoit un regard différent de celui qui est posé sur un homme… j’avais 24 ans lors de ma première collaboration et j’étais souvent considérée pour une secrétaire : c’est à moi que l’on demandait d’apporter le café lors des réunions, alors que j’étais avocate au même titre qu’eux ! Il y avait aussi le “mademoiselle” systématique, alors que j’aurais dû être appelée “maître”, au même titre que mes confrères masculins ! Le mépris des confrères plus âgés envers les jeunes avocates était aussi pénible : les jeunes consœurs sont perçues au rabais, moins bien considérées que leurs homologues masculins, avec des attitudes déplacées parfois. Je ne veux pas faire de généralités envers les avocats plus anciens, mais j’ai pu le vivre ainsi.

Autre point de frustration concernant la profession d’avocat : dans les cabinets dans lesquels j’ai travaillé, il n’y avait pas réellement de spécialisation, tout du moins insuffisamment pour moi. Les avocats pour qui je travaillais acceptaient des dossiers très variés. Je me suis donc retrouvée à nourrir un sentiment d’incompétence, car je me retrouvais avec des dossiers portant sur des domaines domaines du Droit très différents. Par exemple, quand tu te retrouves avec un dossier de TVA intracommunautaire, tu passes un peu de temps à te former sur le sujet, donc tu nourris déjà un sentiment d’incompétence lors du traitement de ce dossier, et ensuite, tu dois recommencer avec un nouveau dossier de saisie immobilière, puis du droit routier… J’avais donc en permanence ce sentiment de tâtonner, d’être en insécurité, et de remettre en cause le bien-fondé de mon intervention dans tel ou tel dossier, avec peu de contrôle sur ce que je faisais et cette peur, très présente, de mal faire.

Le point d’orgue est venu lorsque j’ai eu mon premier enfant : j’ai arrêté le droit pénal ! La source qui nourrissait ma passion pour le métier s’est tarie, et je passais mes journées au bureau, derrière un ordinateur, avec de moins en moins d’audiences… Je me suis rendue compte au fil des mois que je m’ennuyais mortellement ! Je me suis aussi rendue compte que je n’avais plus la beauté de la cause de certains dossiers, qui pour moi permettait de compenser pas mal de choses… J’étais missionnée sur du droit des affaires, avec des enjeux qui n’étaient plus en adéquation avec mes convictions, et j’avais de plus en plus de mal à défendre certaines causes.

Peu à peu, j’ai donc commencé à me demander ce que je pouvais faire… Et j’ai ratissé large, c’est une réflexion qui a duré environ 3 ans !

Il y a un autre élément important qui a pu jouer dans ma reconversion. Quand je dis que mes deux parents étaient fonctionnaires, ce n’est pas anodin : je n’avais pas perçu en amont ce qu’impliquait le fait d’être à son compte. Le fait de devoir générer un chiffre d’affaires, de devoir recouvrer des factures, de devoir gérer un certain nombre de charges administratives, d’être entrepreneur individuel… Toutes ces choses m’étaient inconnues et me paraissaient surmontables. En réalité, me “vendre”, récupérer le chiffre d’affaires généré, et gérer cet aléa lié à l’incertitude d’un chiffre d’affaires, c’étaient des choses que je n’aimais pas du tout ! Sans parler de la gestion administrative, l’URSSAF et la comptabilité ! Je pense que si le reste m’avait beaucoup plus, cela aurait pris le pas sur ces désagréments ! J’avais vraiment sous-estimé ce qu’implique le fait d’ “être à son compte”…

Lucie Bée : Evolutions

Ce nouveau projet professionnel était-il évident pour toi / comment s’est-il finalement imposé ?

Je me suis donc rendue compte que je n’allais pas rester, mais au début, je ne savais pas où aller. J’ai bien pensé à devenir juriste en entreprise, d’ailleurs, à la naissance de mon premier enfant, j’ai passé plusieurs entretiens et répondu à de nombreuses annonces. Ça n’a pas pris, ou alors à des postes qui ne me convenaient pas du tout.

Et puis en parallèle, j’ai commencé à donner des TD de droit des obligations à la fac, à raison d’une journée entière par semaine. C’était LE moment de ma semaine professionnelle que j’attendais avec impatience ! Je me suis dit qu’il y avait possiblement quelque chose à creuser… Je me suis beaucoup renseignée pour faire une thèse, condition sine qua none pour enseigner dans le supérieur, mais le parcours était tellement immense, et les obstacles tellement hauts à franchir que vraisemblablement ce n’était pas réaliste de conduire ce projet-là, et en plus, cela faisait peser des contraintes supplémentaires assez lourdes sur ma vie de famille (déménagement, perte de rémunération…).

Donc j’ai tranquillement abandonné ce projet-là et j’ai réduit l’entonnoir de mes idées, en recherchant quelque chose de compatible avec ma vie de famille et mon envie d’enseigner. D’ailleurs, en deuxième année de droit, je m’étais interrogée sur mon envie de bifurquer vers un cursus Histoire, pour devenir enseignante !

Le concours de professeur des écoles était accessible sans lourdes pertes de rémunération, puisque je l’ai passé durant mon second congé maternité. Cela me paraissait réaliste au niveau matériel.

Tu as été très rationnelle finalement dans ta recherche de changement !

Oui, on ne peut pas nourrir des projets complètement déconnectés, surtout avec deux enfants. La réalité nous rattrape dès que l’on regarde le côté matériel des choses !

En définitive, ce n’était pas évident, mais rationnellement évident ?

Le projet initial c’était enseigner à la fac. Mais quand j’ai fait le deuil de ça, que j’ai réalisé que selon mes critères ce n’était pas possible, j’ai ouvert le champ des possibles. L’enseignement dans le second degré, je l’ai immédiatement exclu, je ne me voyais pas face à des collégiens, et les contraintes liées aux premières années pesaient lourdement, puisque le concours est national, donc les affectations aussi. Le premier degré me paraissait plus jouable : concours régional, si j’étais bien classée au concours, je pouvais avoir un poste près de chez moi, et être affectée dans mon département.

T’es tu fait accompagner et/ou as-tu suivi une formation dédiée ? Si oui, dans quel domaine ?

Pour ma réflexion, non, j’ai erré beaucoup, en m’ouvrant un petit peu à mon entourage et à mon réseau, sur la manière dont je papillonnais sur mes réflexions d’avenir !

Pour le concours de professeur des écoles, j’ai rencontré quelques personnes qui avaient engagé une reconversion professionnelle, pour connaitre leur perception sur le métier. Cela m’a aidée. J’ai aussi souscrit à un pack d’entrée dans un centre de formation à distance, avec des sujets blancs et quelques formations en ligne, pour avoir les bases. Et beaucoup de livres !

Tu as préparé et présenté le concours enceinte, si je comprends bien ?

Je l’ai effectivement préparé enceinte, mais je l’ai passé trois semaines après mon accouchement ! Je me souviens, il y avait une épreuve de 5 heures, et Aurélien, mon mari, m’attendait sur le parking avec notre petit dernier, qui hurlait, parce que nous n’avions pas encore introduit de biberons ! Il attendait que je revienne avec impatience pour l’allaiter ! C’était peut-être un peu serré en termes de timing !

Quelle a été ta plus grosse erreur dans la conduite de ce changement ?

Pendant les deux années qui ont suivi, je me suis dit que j’avais peut-être fait une erreur, ou tout au moins étais trop hâtive dans la réalisation de mon projet, parce que je n’avais JAMAIS mis les pieds dans une école avant de passer le concours, depuis ma propre année de CM2 !

Du coup, je me suis retrouvée le 1er septembre devant une classe, sans aucune formation, et je me suis dit « c’est affreux » ! Je me suis liquéfiée, cette journée a été horrible, et je me répétais « j’ai tout claqué pour un truc qui est physiquement insupportable et moralement harassant » ! Une classe pleine d’enfants que tu ne sais pas gérer, ce n’est pas la meilleure entrée en matière… J’ai donc passé une première année, avec mon dernier de 5 mois qui ne faisait pas ses nuits, avec beaucoup de fatigue et d’incompétence. J’ai été alitée lors de ma seconde grossesse, ce qui m’a empêché de faire un stage d’une semaine dans une école, mais je pense que cela m’aurait fait du bien d’aller dans une classe à la rencontre des enseignants en exercice. Le fait de voir comment ça se passe, ça fait aussi partie de la formation : la posture de l’enseignant, la manière dont il fonctionne… Donc ça, cette absence d’anticipation, c’est à mon sens une erreur.

Cette première année d’enseignante a été très difficile, j’ai travaillé un nombre d’heures incalculables, je crois que je n’ai jamais autant travaillé de toute ma vie ! Je passais des journées au travail, des journées que je jugeais très difficiles, et pour moi, c’était plus source de souffrance qu’autre chose. Je n’arrivais pas à prendre le dessus sur ma classe, que je trouvais très compliquée, je n’avais aucune formation… C’était le chaos toute la journée ! La seconde année, ce ne fut pas beaucoup mieux, avec une affectation loin de la maison, dans différentes écoles : j’ai vraiment eu du mal à imaginer de continuer comme ça. La troisième année cependant, j’ai obtenu un poste fixe près de chez moi, avec « ma » classe. Je me suis sentie assez sereine, j’estimais avoir suffisamment les bases de mon nouveau métier en main, je m’y suis enfin sentie bien.

Il aura fallu tout ce cheminement pour te sentir à ta place ?

Tant que tu as cette conviction d’être incompétent dans ce que tu fais, tu ne peux pas te sentir bien ! L’éducation nationale, c’est un concept assez particulier, ils balancent des gens sur des postes sans vraiment les former. Ils tablent sur le fait que les gens vont s’autoformer, aller chercher les informations par eux-mêmes, aller plus loin… Concrètement, j’ai eu 9 heures de formation sur l’enseignement du français, pareil en mathématiques. Donc c’est quand même très léger, sachant que tu peux enseigner de la petite section jusqu’au CM2 !

Quels enseignements en as-tu tirés ?

Sur le principe de la reconversion, moi, il me fallait un plan de secours ! Moralement, je me suis beaucoup rattachée à ça, à la possibilité de faire machine arrière et de revenir au barreau.

J’avais demandé mon omission du barreau, et non pas ma démission immédiatement : cela signifiait que je pouvais à tout moment redevenir avocate. J’ai attendu 3 ans pour pleinement passer à autre chose et demander ma démission. Dans les moments de doute, je me rappelais : « au pire, tu ravaleras ta fierté, et tu pourras retourner au barreau ». Ça me rassurait beaucoup, dans le sens où cette reconversion n’était pas irrévocable.

Même encore aujourd’hui, j’ai toujours mon diplôme d’avocat, et, en plan B, j’aurais toujours la possibilité d’y revenir, sauf s’ils changent les conditions d’accès à la profession. Je ne sais pas si cela me plairait, mais le côté remédiable des choses est pour moi extrêmement rassurant.

Quelle a été ta plus grande réussite dans la conduite de ce changement ?

J’ai plutôt en tête des flops, et des gros ratés… ! Disons que j’ai persévéré ! Je ne me suis pas arrêtée aux premières impressions !

Ma principale réussite est d’avoir persévéré ! Je ne me suis pas arrêtée aux premières impressions !

Il ne faut jamais imaginer, et c’est d’ailleurs une erreur dans plein de reconversion, qu’un métier va n’être que positif, et n’apporter que des améliorations à son quotidien et à sa vie professionnelle. Il faut prendre un métier dans son ensemble, dans sa globalité, et avoir conscience qu’il n’y aura pas d’immédiateté ! Il ne faut pas imaginer que l’on va faire ses premiers pas dans une profession, et que l’on va trouver tout de suite son compte ! Pour ma part, si j’avais abandonné à ce stade-là, ça aurait été une erreur. Aujourd’hui, j’adore mon métier, j’ai des journées que je trouve géniales… Si je m’étais arrêtée aux premières impressions, je stoppais tout au bout de 3 semaines, et j’abandonnais !

Persévérer et ne pas idéaliser un métier permet d’ailleurs d’écouter le discours et les conseils de ceux qui exercent ce métier.

Je n’ai pas voulu les entendre plus jeune, pour la profession d’avocat, et 10 ans plus tard, à 30 ans, je pense que j’étais plus à l’écoute de ces conseils et des difficultés exprimées par les professeurs des écoles que j’ai rencontrés. Je n’ai pas idéalisé ce métier comme j’avais pu le faire pour le métier d’avocat.

Deuxième leçon que je tirerais de cette reconversion : il faut autant que possible mettre les pieds là où on veut aller, en amont. Et si possible, le faire AVANT d’amorcer le changement, en ayant encore le filet de sécurité de son job actuel. C’est rassurant, et clairement moins anxiogène. J’admire beaucoup ceux qui plaquent tout, et qui foncent sans réfléchir, moi j’en suis incapable, j’ai besoin de sécuriser mes choix !

Qu’est-ce qui a été le plus difficile à concilier pour mener à bien ce projet ?

Clairement, la vie de famille ! Qu’est-ce qu’on est libre professionnellement sans famille !

Ma famille m’apporte énormément, c’est l’évidence même, mais je me suis rendue compte que ce que je faisais à 20-25 ans, j’avais une telle liberté pour le faire ! Et plus tu avances dans les années, plus tu as de contraintes matérielles qui pèsent énormément dans tes choix. Je pense que je ne l’aurais pas vécu de la même manière si je n’avais pas eu des enfants. J’enviais d’ailleurs beaucoup les enseignants en formation avec moi, qui n’avaient pas à gérer la vie familiale le soir, après la journée de travail, et qui n’avaient qu’à se concentrer sur leurs préparations.

Qu’as-tu gagné à mener ce projet ?

Je ne m’ennuie plus ! J’ai aussi une liberté incroyable ! Je ne voulais plus passer mes journées derrière un écran, c’est quelque chose qui m’a beaucoup pesé dans ma vie d’avocate, surtout avec mon don incroyable pour procrastiner dès que je m’ennuie ! Je voulais aussi un métier qui génère pour moi une forme de fierté, en tout cas un sentiment d’avoir accompli quelque chose de positif dans ma journée. Je crois que j’ai trouvé ces trois choses-là, et je pense que ça me fait du bien.

Mon travail est pile entre la passion et le travail. Nous avons une grande liberté dans les classes dans la conduite des projets, j’apprends plein de choses en même temps que je les enseigne. Surtout, ce métier est vraiment très enrichissant d’un point de vue humain.

Aujourd’hui, estimes-tu avoir réussi ta reconversion ?

Oui !

Deux bémols cependant.

D’une part, j’avais clairement sous-estimé la fatigue que pouvait générer le métier d’enseignant, et le nombre d’heures de travail. Je dois flirter avec les 70 à 75 heures de travail par semaine, et j’ai du mal à les faire redescendre… Mais il y a les vacances d’été et le mois complet au cours duquel je coupe complètement !

D’autre part, je vois des collègues vieillir dans la profession, et je vois que c’est dur de vieillir dans ce métier, avec des journées qui peuvent être physiquement très fatigantes. Sur les temps de présence des élèves, avec parfois des classes difficiles, des enfants qui ont des problématiques, et pas uniquement d’apprentissage, il faut avoir physiquement de l’énergie, et je ne sais pas comment on fait pour durer dans le métier quand l’énergie et le physique déclinent. Le métier me plait parce que je le vis de manière intense et passionnée, comme beaucoup de mes collègues. Mais je ne sais pas comment on y vieillit !

Lucie Bée : Inspirations

Où te vois-tu dans 10 ans ? 

Je n’en sais rien ! Je pense que je serai dans l’éducation nationale, parce qu’il y a beaucoup de choses que m’y plaisent : la direction d’école, la formation des enseignants… Mais pour l’instant, le métier de professeur des écoles me comble et me suffit ! Et puis, il y a de multiples formes d’enseignement : dans les prisons, dans les classes SEGPA, dans les hôpitaux… Il y a plein de manières différentes d’exercer ce métier, avec de quoi nourrir au moins les 10 prochaines années ! Mais à partir de 50 ans, je pense qu’il faut peut-être avoir un plan B, car j’ai l’impression que les gens peuvent s’abîmer dans ce métier, lorsque l’énergie vient à manquer.

Quel est ton héroïne dans l’Histoire, et pourquoi ?

Spontanément, je dis Gisèle Halimi !

Quelle faute t’inspire le plus d’indulgence ?

Les fautes d’orthographe, et tout ce qui est lié au manque d’expérience.

As-tu un mantra / une devise / un dicton / une citation qui te motive ou qui te guide ?

Show must go on !

Et aussi, ne pas lâcher !

Que dirais-tu à la femme que tu étais il y a quelques années, avant d’amorcer ce changement de vie professionnelle ?

Tu as beaucoup trop de certitudes !

C’est incroyable le nombre d’idées arrêtées que tu peux avoir quand tu manques d’expérience et de recul sur les choses. Ça fait du bien d’être dans le doute, ce n’est pas toujours confortable, mais ça peut faire avancer.

Quelle est LA chanson qui te motive quand tu as le moral dans les chaussettes ?

 Star de Jain, sans hésiter !

***

J’espère que le témoignage de Lucie te permettra de mûrir tes projets d’avenir et tes envies d’ailleurs. La vie n’est pas linéaire, et le changement, c’est angoissant, mais il faut persévérer !

Merci à Lucie d’être passée sur mon grill, pour son partage sans filtre, et son soutien au blog.

Enjoy !

La Cheftaine, le blog dédié aux femmes du 21ème siècle

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